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Saint François d'Assise

La Conversion : de l'amertume à la douceur

"Pourquoi sers-tu le serviteur et non le maître ?"

 

​L’unité de François a fait halte pour la nuit. Des ténèbres monte la crainte des hommes, leurs ronflements, les paroles prononcées dans le sommeil. Des ombres se dessinent, inquiétantes dans la clarté lunaire. Le fils de Bernadone ne parvient pas à s’endormir. Soudain, une voix puissante et limpide l’interpelle : « François, qui peut te faire du bien ? Le riche ou le pauvre ? Le maître ou le serviteur ? »
Nulle réponse ne parvient à franchir les lèvres du jeune soldat effrayé. Alors, la voix répète sa question. Dans le silence hésitant qui suit, le murmure de François est éloquent : seul le maître peut faire du bien. « Alors, assène la voix impérieuse, pourquoi délaisses-tu Dieu qui est le vrai maître pour suivre l’homme, qui n’est que le serviteur de Dieu ? »

 

Foudroyé, François demande quelle conduite tenir.
« Lève-toi, abandonne ton projet et retourne dans ta ville », lui est-il intimé.
Ainsi sera fait. Il réunit son paquetage et, avant même les premières lueurs de l’aube, prend le chemin d’Assise pour franchir bientôt le seuil de la maison familiale.
Malgré son trouble, Pierre de Bernardone se réjouit. Ainsi, son fils serait-il revenu à la raison… Auquel cas, pourquoi refuse-t-il toujours obstinément de s’intéresser aux affaires familiales ?
La réponse, le drapier aveuglé par ses propres desseins refuse de l’entendre. Son fils fait son chemin de conversion et se laisse gagner peu à peu par l’Esprit de Dieu.
Pourtant, ses doutes persistent. François est tourmenté, se réfugie parfois dans une grotte. La colère de son père enfle comme un orage. L’étrangeté du comportement de son fils nuit à sa réputation et à ses affaires. Il voudrait le contraindre à la raison par la force quand son épouse, la douce Pica, prône la patience.

L’esprit troublé, le jeune homme n’a que faire des gesticulations de son père et de son obstination à accroître sa fortune. Il n’a plus le goût des réjouissances. La contemplation emplit ses journées. Il médite sur la vanité humaine, se choisit la Nature et la solitude pour compagnes. Souvent, ses pas le guident vers l’église de Saint-Damien. L’édifice se délabre et menace ruine ; son curé y subsiste chichement. François lui parle parfois, se demande comment lui venir en aide. Il se persuade qu’un pèlerinage à Rome l’aiderait à y voir plus clair. Une semaine plus tard, il franchit le portail de Saint-Pierre et s’abîme en une prière fervente. Une fois relevé, il remarque la chicheté des oboles abandonnées par les pèlerins en visite dans la basilique. Avec rage, il jette la bourse emplie d’argent que sa mère lui avait donné pour son voyage et dont il n’a presque rien dépensé. Voyant les fidèles se jeter sur les pièces sans vergogne et les dérober à Dieu, il quitte amèrement les lieux.
Il reprend son chemin au sein d’une cohorte de mendiants en haillons, pour expérimenter humblement leur condition. Il épouse, selon ses propres termes : « Dame la pauvreté ».

 

L'appel du Crucifix de Saint Damien


Assise l’accueille à nouveau. Mais surtout la vieille église de Saint-Damien déserte et son beau crucifix de bois devant lequel il s’agenouille pour implorer le Seigneur de l’éclairer. Alors, une nouvelle fois la voix s’élève, la même que celle entendue cette nuit où il se destinait à partir aux Croisades. Le visage de François se baigne de larmes alors qu’elle prononce : « François, va et reconstruis ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines. »

Ainsi, Dieu l’invite à bâtir plutôt que détruire par les armes. Devant le curé de Saint Damien, il s’engage à restaurer son église. Le vieil homme est septique, mais François ne s’avoue pas vaincu. Dans les ateliers de son père où il se précipite, il prélève plusieurs rouleaux d’étoffe, puis, aux écuries, un cheval. Enfin heureux, il les vend à la foire de Foligno. Fort d’une bourse rebondie de pièces, il assure dès son retour au prêtre de Saint Damien les premiers travaux de reconstruction de la maison de Dieu.
Mais c’était sans penser au courroux de son père incapable de supporter plus longtemps les frasques de son fils. Du reste, ce dernier lui échappe de peu et se réfugie dans les profondeurs apaisantes d’une grotte. Il y prie et invoque le Nom de Dieu un mois durant, avec, pour seule subsistance le peu d’eau et de nourriture amenée par le bon curé de Saint Damien.

L’une des origines de la conversion de François est la rencontre avec le lépreux. Cet expérience est indissociable de l’appel du crucifix de saint Damien. Dans le lépreux, François rencontre le Christ. Lui qui éprouvait un profond malaise à la vue des lépreux, il embrasse celui-ci et commence à vivre au milieu d’eux pour « leur faire miséricorde » ainsi qu’il l’écrira dans son Testament.

Au jour où François se décide à revenir fouler le sol d’Assise, il est transfiguré. Il est pâle et amaigri, ses vêtements sont sales. A tel point que la foule railleuse, sortie en masse pour assister au retour du fils de Bernadone, le conspue et lui jette des pierres.
Le drapier d’Assise assiste à cette scène comme à sa propre déchéance. Un poignard planté dans le dos lui aurait paru plus doux que l’affront. Aveuglé, il se jette sur son fils et le bastonne sans pitié avant de le traîner dans la cave où il l’enferme à double tour. Mais malgré les cris et les semonces, François ne plie pas. Plus encore, il remercie Dieu de savoir vivre dans la plus extrême pauvreté.

Même sa mère inquiète d’assister à l’affaiblissement de son corps l’exhorte : il doit ordonner sa vie selon le vouloir de son père. Mais là encore, et même avec douceur, François la repousse : tant d’hommes se fourvoient quand leur salut devrait passer par leur commisération pour les pauvres !
Dame Pica ne supporte plus de voir son fils emmuré vivant. Au bout de 2 mois sans obtenir les résultats escomptés par son époux, elle décide de rendre son fils à la liberté. Mais plutôt que de fuir, François se rend à Saint Damien et attend la confrontation avec son père.
Elle ne tarde pas à venir. Pierre de Bernardone est au comble de la fureur. Il fulmine et menace. Mais tout ce qu’il obtient est un jugement apaisé mais sans appel de son fils : l’humanité ne peut plus endurer les crimes et les humiliations que les puissants leur infligent sans une once de remords. Et lui, François, refuse d’y apporter consentement par sa conduite ou même par son silence.

Le drapier en est convaincu : son fils aîné a perdu la raison. Il lui propose de régler leur différend devant l’évêque. Oui, rétorque François, mais publiquement. Sûr de son bon droit, Pierre accepte.
Et le dimanche suivant, après la messe, se présentent les membres désunis de la famille Bernadone. Par curiosité malsaine, les habitants d’Assise se pressent au palais de l’Évêché. Du reste, ils donnent raison au drapier et approuvent bruyamment les graves accusations dont il accable son fils. Face à l’unanimité de tous, monseigneur Guido ordonne à François de rendre à son père tout ce qu’il lui a volé. Alors, sans hésiter, ce dernier se déshabille, ne conservant pour lui qu’une ceinture de crin autour de sa taille. Une fois ses vêtements déposés au pied du marchand, il affirme solennellement ne plus se reconnaître désormais qu’un père : Dieu.
Consternation de la foule qui finit par se laisser gagner par l’émotion. Certains laissent couler des larmes. L’évêque retire son manteau pour en couvrir les épaules de ce jeune homme de 25 ans capable d’une aussi extraordinaire renonciation.
Nous sommes le 25 avril 1207. François d’Assise vient d’atteindre ses 25 ans.

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