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LA Première RÈGLE

Règle non Bullata de 1221

La règle ci-après est appelée « règle non bullata », c'est-à-dire « règle sans bulle », la bulle étant le sceau officiel d'une approbation papale. Rédigée en 1221, elle a servi de base pour la rédaction de la règle définitive. Celle-ci a été approuvée par le pape Honorius III en 1223.

 
 
 
PROLOGUE

1 Au nom du Père et du Fils et de l'Esprit saint ! Amen. 2 Ceci est la vie que frère François demanda au seigneur pape de lui concéder et confirmer. Et celui-ci la lui concéda et confirma, pour lui et pour ses frères présents et futurs. 3 Le frère François et quiconque sera le chef de cette religion promette obéissance et révérence au seigneur pape Innocent et à ses successeurs. 4 Et que les autres frères soient tenus d'obéir à frère François et à ses successeurs.

CHAPITRE I

[Que les frères doivent vivre sans rien en propre et en chasteté et obéissance]

 

1 La règle et la vie de ces frères est celle-ci : vivre en obéissance, en chasteté et sans rien en propre, et suivre l’enseignement et les traces de notre Seigneur Jésus Christ, qui dit : 2 Si tu veux être parfait, va et vends tout ce que tu as et donnes-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; et viens, suis-moi. 3 Et : Si quelqu'un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix et me suive. 4 De même : Si quelqu'un veut venir à moi et ne hait pas père et mère et épouse et fils et frères et sœurs et jusqu'à même son âme, il ne peut être mon disciple. 5 Et : Quiconque aura abandonné père ou mère, frère ou sœurs, épouse ou fils, maisons ou champs à cause de moi recevra le centuple et possédera la vie éternelle.

 

CHAPITRE II

[De la réception et des vêtements des frères]

 

1 Si, par inspiration divine, quelqu'un voulait accepter cette vie et venait à nos frères, qu’il soit reçu par eux avec bienveillance. 2 Et s’il est décidé à accepter notre vie, que les frères prennent bien garde de se mêler de ses affaires temporelles, mais qu’ils le présentent le plus rapidement possible à leur ministre. 3 Que le ministre le reçoive avec bienveillance, l’encourage et lui expose soigneusement la teneur de notre vie. 4 Cela fait, que ledit homme, s’il le veut et s’il le peut spirituellement sans empêchement, vende tous ses biens et s’applique à les distribuer tous aux pauvres. 5 Mais que les frères et les ministres des frères prennent garde de se mêler en aucune manière de ses affaires 6 et qu’ils ne reçoivent aucun argent, ni par eux-mêmes ni par personne interposée. 7 Toutefois, s’ils sont dans l’indigence, les frères peuvent recevoir d’autres choses nécessaires au corps, excepté l’argent, par nécessité comme les autres pauvre. 8 Et lorsqu’il sera revenu , que le ministre lui concède l’habit de probation pour un an, à savoir deux tuniques sans capuce et une ceinture et des braies et un chaperon jusqu'à la ceinture. 9 A la fin de l’année et au terme de la probation qu’il soit reçu à l’obéissance. 10 Après cela, il ne lui sera plus licite d’accéder à une autre religion ni d’errer hors de l’obéissance, suivant le commandement du seigneur pape : de fait, selon l’Evangile, personne qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas apte au Royaume de Dieu. 11 Si toutefois venait quelqu'un qui ne peut donner ses biens sans empêchement et qui en a la volonté spirituelle, qu’il les abandonne et cela lui suffit. 12 Que personne ne soit reçu contre la forme et l’institution de la sainte Église.

 

13 Que les autres frères qui ont promis obéissance aient une tunique avec capuce et une autre sans capuce, si c’est nécessaire, et une ceinture et des braies. 14 Et que tous les frères soient vêtus de vêtements vils et puissent les rapiécer de sacs et d’autres pièces, avec la bénédiction de Dieu ; car le Seigneur dit dans l’Evangile : Ceux qui portent des vêtements précieux et vivent dans les délices et ceux qui sont vêtus avec raffinement sont dans les maisons des rois. 15 Et même si on les dit hypocrites, qu’ils ne cessent toutefois pas de bien faire et qu’ils puissent avoir des vêtements dans le Royaume des cieux.

 

CHAPITRE III

[De l’office divin et du jeûne]

 

1 Le Seigneur dit : Ce genre de démons ne peut sortir, sinon par le jeûne et la prière. 2 Et encore : Quand vous jeûnez, ne devenez pas tristes comme les hypocrytes. 3 A cause de cela, que tous les frères clercs ou laïcs, fassent l’office divin, les laudes et les prières, selon ce qu’ils doivent faire. 4 Que les clercs fassent l’office et qu’ils disent [les prières] pour les vivants et pour les morts selon la coutume des clercs. 5 Pour les manquements et la négligence des frères, qu’ils disent chaque jour le Miserere mei Deus avec le Pater noster. 6 Pour les frères défunts, qu’ils disent le De Profundis avec le Pater noster. 7 Et qu’ils puissent avoir seulement les livres nécessaires pour remplir leur office. 8 Et aux laïcs qui savent lire le psautier, qu’il soit aussi licite d’en avoir un. 9 Mais aux autres qui ne savent pas lire, qu’il ne soit pas licite d’avoir de livre. 10 Que les laïcs, quant à eux, disent le Credo in Deum et vingt-quatre Pater noster avec le Gloria Patri pour matines, cinq pour laudes ; pour prime, le Credo in Deum et sept Pater noster avec le Gloria Patri ; pour tierce, sexte et none, sept pour chaque heure ; pour vêpres, douze ; pour complies, le Credo in Deum et sept Pater noster avec le Gloria Patri ; pour les morts, sept Pater noster avec Requiem eternam ; pour les manquements et la négligence des frères, trois Pater noster chaque jour.

 

11 Et semblablement que tous les frères jeûnent de la fête de la Toussaint jusqu’à Noël et de l’Epiphanie, quand notre Seigneur Jésus Christ commença à jeûner, jusqu’à Pâques. 12 Aux autres temps, qu’ils ne soient pas tenus de jeûner selon cette vie, sinon le vendredi. 13 Et qu’il leur soit licite de manger de tous les aliments qu’on leur présente, selon l’Evangile.

 

CHAPITRE IV

[Des ministres et des autres frères : comment ils s’organisent]

 

1 Au nom du Seigneur ! 2 Que tous les frères qui sont constitués ministres et serviteurs des autres frères placent leurs frères dans les provinces et dans les lieux où ils seront ; qu’ils les visitent souvent et qu’ils les avertissent spirituellement et les encouragent. 3 Et que tous mes autres frères bénis leur obéissent soigneusement en ce qui regarde le salut de l’âme et qui n’est pas contraire à notre vie. 4 Et qu’ils fassent entre eux comme dit le Seigneur : Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le vous-mêmes pour eux. 5 Et : Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui. 6 Et que les ministres et serviteurs se rappellent ce que dit le Seigneur : Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. Et parce que le soin des âmes des frères leur a été confié, si quelqu’un de ceux-ci se perdait par leur faute et leur mauvais exemple, au jour du Jugement il leur faudra en rendre raison devant le Seigneur Jésus Christ.

 

CHAPITRE V

[De la correction des frères en faute]

 

1 Gardez donc vos âmes et celles de vos frères, car il est effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant. 2 Si un des ministres prescrivait à un des frères quelque chose de contraire à notre vie ou de contraire à son âme, que celui-ci ne soit pas tenu de lui obéir, car il n’y a pas d’obéissance là où un délit ou un péché est commis. 3 Toutefois, que tous les frères qui sont sous les ministres et serviteurs considèrent raisonnablement et soigneusement les faits de ces ministres et serviteurs. 4 Et s’ils voyaient l’un d’eux marcher charnellement et non pas spirituellement quant à la rectitude de notre vie, s’il ne s’était pas amendé après la troisième admonition, qu’ils le réfèrent au ministre et serviteur de toute la fraternité lors du chapitre de la Pentecôte, nonobstant toute contradiction. 5 Et si, parmi les frères où qu’ils soient, il y avait un frère voulant marcher charnellement et non spirituellement, que les frères avec qui il est l’avertissent, l’instruisent et le corrigent humblement et soigneusement. 6 Si après la troisième admonition il refusait de s’amender, qu’ils l’envoient ou le signalent le plus rapidement possible à leur ministre et serviteur, et que ce ministre et serviteur fasse de lui comme il lui semblera le plus expédient selon Dieu. 7 Et que tous les frères, tant les ministres et servietrus que les autres, prennent garde de se troubler ou de se mettre en colère à cause du péché ou du mauvais exemple d’autrui, car le diable, par le délit d’un seul , veut en corrompre beaucoup. 8 Mais qu’ils aident spirituellement, du mieux qu’ils peuvent, celui qui a péché, car ce ne sont pas les biens portants qui ont besoin du médecin, mais ceux qui se portent mal.

 

9 Semblablement, que tous les frères n’aient en cela aucun pouvoir ni domination, surtout entre eux. 10 Car comme le Seigneur dit dans l’Evangile, Les princes des peuples les dominent et ceux qui sont les plus grands exercent sur eux le pouvoir. Il n’en sera pas ainsi parmi les frères. 11 Mais quiconque voudra se faire plus grand parmi eux, qu’il soit leur ministre et serviteur. 12 Et que celui qui est plus grand parmi eux se fasse comme plus jeune.

 

13 Et qu’aucun frère ne fasse du mal ou ne dise du mal à un autre. 14 Bien plus, par la charité de l’esprit, qu’ils se servent volontiers et s’obéissent les uns les autres. 15 Et telle est la véritable et sainte obéissance de notre Seigneur Jésus Christ. 16 Et que tous les frères, chaque fois qu’ils se seront écartés des commandements du Seigneur et auront erré hors de l'obéissance, comme dit le Prophète, sachent qu’ils sont maudits hors de l’obéissance tant qu’ils resteront sciemment dans le péché. 17 Et quand ils persévèrent dans les commandements du Seigneur qu’ils ont promis par le saint Evangile et leur vie, qu’ils se tiennent dans l’obéissance véritable et qu’ils soient bénis du Seigneur.

 

CHAPITRE VI

[Du recours des frères aux ministres et qu’aucun frère ne soit appelé « prieur »]

 

1 Que les frères, en suelsue lieu qu’ils soient, s’ils ne peuvent observer notre vie, recourent le plus rapidement possible à leur ministre pour le lui signaler. 2 Que le ministre s’applique alors à leur venir en aide, comme il voudrait qu’on fasse pour lui s’il était dans un cas semblable. 3 Et que nul ne soit appelé « prieur », mais que tous soient d’une manière générale appelés « frères mineurs ». 4 Et qu’ils se lavent l’un l’autre les pieds.

 

CHAPITRE VII

[De la manière de servir et de travailler]

 

1 Que tous les frères, en quelque lieu qu’ils se trouvent chez autrui pour servir ou pour travailler, ne soient ni camériers ni chanceliers, et qu’ils ne soient pas à la tête dans les maisons dans lesquelles ils servent ; et qu’ils ne reçoivent aucun office qui engendrerait un scandale ou qui ferait du tort à leur âme ; mais qu’ils soient plus petits et soumis à tous ceux qui sont dans la même maison.

 

3 Et que les frères qui savent travailler travaillent et exercent le même métier qu’ils ont appris, s’il n’est pas contraire au salut de leur âme et s’il peut être pratiqué honnêtement. 4 Car le Prophète dit : Tu mangeras du travail de tes mains ; bienheureux es-tu et cela te sera bon. 5 Et l’Apôtre : Que celui qui ne veut pas œuvrer ne mange pas. 6 Et : Que chacun demeure dans le métier et l’office où ils puissent recevoir tout ce qui est nécessaire, excepté l’argent. 8 Et quand ce sera nécessaire, qu’ils aillent à l’aumône comme les autres frères. 9 Et qu’il leur soit licite d’avoir les outils et les instruments nécessaires à leurs métiers.

 

10 Que tous les frères s’appliquent à peiner dans de bonnes activités, car il est écrit : Fais toujours quelque chose de bon pour que le diable te trouve occupé. 11 Et encore : « L’oisiveté est ennemie de l’âme. » 12 C’est pourquoi les serviteurs de Dieu doivent toujours s’adonner à la prière ou à quelque bonne activité.

 

13 Que les frères prennent garde, où qu’ils soient, dans les lieux déserts ou en d’autres lieux, de s’approprier aucun lieu et de le défendre contre quelqu’un. 14 Et que quiconque viendra à eux, ami ou adversaire, voleur ou brigand, soit reçu avec bienveillance. 15 Et partout où sont les frères et en quelque lieu qu’ils se rencontreraient, ils doivent se revoir spirituellement et avec affection, et s’honorer les uns les autres sans murmurer. 16 Et qu’ils prennent garde de se montrer extérieurement tristes et de sombres hypocrites, mais qu’ils se montrent joyeux dans le Seigneur, gais et agréables comme il convient.

 

CHAPITRE VIII

[Que les frères ne reçoivent pas d’argent]

 

1 Le Seigneur prescrit dans l’Evangile : Voyez et gardez-vous de toute malice et avarice. 2 Et : Défiez-vous des préoccupations de ce siècle et des soucis de cette vie. 3 Dès lors, qu’aucun des frères, où qu’il soit et où qu’il aille, ne prenne en aucune manière, ne reçoive ni ne fasse recevoir de l’argent ou des deniers, ni pour des vêtements ni pour des livres, ni comme prix de quelque travail, absolument en aucune occasion, sinon en cas de nécessité manifeste de frères malades ; car nous ne devons pas conférer et attribuer à l’argent et aux deniers une plus grande utilité qu’à des cailloux. 4 Et le diable veut aveugler ceux qui convoitent l’argent ou l’estiment meilleur que des cailloux. 5 Prenons donc garde, nous qui avons tout abandonné, de ne pas perdre le Royaume des cieux pour si peu. 6 Et si en quelque lieu nous trouvions des deniers, ne nous en soucions pas plus que de la poussière que nous foulons aux pieds, car vanité des vanités et tout est vanité. 7 Et si par hasard – qu’il n’en soit rien ! – il arrivait qu’un des frères collecte ou détienne de l’argent ou des deniers, excepté seulement pour la nécessité susdite des malades, que tous les frères le tiennent pour un faux frère et un voleur et un brigand et quelqu’un détenant un magot, à moins qu’il ne se repente vraiment. 8 Et qu’en aucune manière les frères ne reçoivent ni ne fassent recevoir, ne demandent ni ne fassent demander de l’argent pour l’aumône, ni des deniers pour des maisons ou pour des lieux ; et qu’ils n’aillent pas avec la personne qui demande de l’argent ou des deniers pour de tels lieux. 9 Les autres services, qui ne sont pas contraires à notre vie, les frères peuvent les rendre aux lieux avec la bénédiction de Dieu. 10 Toutefois, en cas de nécessité manifeste des lépreux, les frères peuvent demander l’aumône pour eux. 11 Qu’ils soient toutefois fort en garde contre l’argent. 12 Semblablement, que tous les frères se gardent de parcourir les terres pour quelque vilain profit.

 

CHAPITRE IX

[Demander l’aumône]

 

1 Que tous les frères s’appliquent à suivre l’humilité et la pauvreté de notre Seigneur Jésus Christ et qu’ils se rappellent que, du monde entier, nous ne devons rien avoir d’autre que ce que dit l’Apôtre : Si nous avons des aliments et de quoi nous couvrir, soyons-en contents. 2 Et ils doivent se réjouir quand ils vivent parmi des personnes viles et méprisées, parmi des pauvres et des infirmes et des malades et des lépreux et des mendiants le long du chemin. 3 Et quand ce sera nécessaire, qu’ils aillent à l’aumône. 4 Et qu’ils n’aient point honte et qu’ils se rappellent plutôt que notre Seigneur Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant tout-puissant, rendit sa face comme pierre très dure et n’a pas eu honte. 5 Et il fut un pauvre et un hôte et il vécut d’aumônes, lui et la bienheureuse Vierge et ses disciples.

 

6 Et quand les hommes leur feraient honte et refuseraient de leur donner des aumônes, qu’ils en rendent grâces à Dieu ; car pour ces hontes, ils recevront grand honneur devant le tribunal de notre Seigneur Jésus Christ. 7 Et qu’ils sachent que la honte est imputée non à ceux qui la souffrent, mais à ceux qui l’infligent. 8 Et l’aumône est l’héritage et la justice qui sont dus aux pauvres et que nous a acquis notre Seigneur Jésus Christ. 9 Et les frères qui travaillent à l’acquérir auront une grande rétribution et la font gagner et acquérir à ceux qui la donnent ; car tout ce que les hommes abandonneront dans le monde périra, mais pour la charité et pour les aumônes qu’ils firent, ils auront une récompense du Seigneur.

 

10 Et qu’avec assurance, l’un manifeste à l’autre sa nécessité afin que l’autre lui trouve et lui administre le nécessaire. 11 Et que chacun chérisse et nourrisse son frère comme une mère chérit et nourrit son fils, dans ce dont Dieu leur fera la grâce. 12 Et que celui qui mange ne juge pas celui qui ne mange pas, et qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange. 13 Et chaque fois que surviendra la nécessité, qu’il soit licite à l’ensemble des frères, où qu’ils soient, d’user de tous les aliments que les hommes peuvent manger, comme le Seigneur le dit de David qui mangea les pains de proposition, qu’il n’était pas licite de manger, sauf aux prêtres. 14 Et qu’ils se rappellent ce que dit le Seigneur : Mais prenez garde à vous, de peur que vos cœurs ne s’alourdissent dans la crapule et l’ivresse et les soucis de cette vie, et que ce jour ne tombe sur vous à l’improviste. 15 Car il tombera somme un filet sur tous ceux qui habitent la face de la terre. 16 Semblablement encore, que tous les frères, en temps de nécessité manifeste, fassent à propos de ce qui leur sera nécessaire comme le Seigneur leur en fera la grâce, car nécessité n’a pas de loi.

 

CHAPITRE X

[Des frères malades]

 

1 Si un des frères tombait malade, où qu’ils soit que les autres frères ne le quittent pas sans avoir désigné un des frères ou plusieurs, si c’était nécessaire – pour le servir comme ils voudraient eux-mêmes être servis. 2 Mais en cas de très grande nécessité, ils peuvent le laisser chez une personne qui devra faire ce qu’il faut pour sa maladie. 3 Et que tel le Seigneur le veut, rendre grâces de tout au Créateur ; et que tel le Seigneur le veut, tel il désire être, bien portant ou malade, car tous ceux que Dieu a prédestinés à la vie éternelle, il les instruit par l’aiguillon des fléaux et des maladies et par l’esprit de componction, comme dit le Seigneur : Moi ceux que j’aime, je les éprouve et je les châtie. 4 Mais s’il se trouble ou se met en colère soit contre Dieu soit contre les frères ou si, par hasard, il demande avec insistance des médecines, désirant par trop libérer une chair qui va bientôt mourir et qui est ennemie de l’âme, cela lui vient du mauvais et il est charnel et il ne semble pas être des frères, parce qu’il chérit le corps plus que l’âme.

CHAPITRE XI

[Que les frères ne blâment ni ne critiquent mais qu’ils s’aiment les uns les autres]

 

1 Et que tous les frères prennent grade de calomnier quelqu’un et de se quereller en paroles. 2 Bien plus, qu’ils s’appliquent à retenir le silence chaque fois que Dieu leur en fera la grâce. 3 Et qu’ils ne se disputent ni entre eux ni avec d’autres, mais qu’ils aient soin de répondre humblement en disant : Nous sommes des serviteurs inutiles. 4 Et qu’ils ne se mettent pas en colère, car quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dira à son frère « raca », sera passible du conseil ; celui qui dira « fou », sera passible de la géhenne de feu. 5 Et qu’ils s’aiment les uns les autres, comme dit le Seigneur : Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. 6 Et qu’ils montrent par des actes l’affection qu’ils ont les uns pour les autres, comme dit l’Apôtre : N’aimons pas en parole ni de langue, mais en acte et en vérité. 7 Et qu’ils ne blâment personne. 8 Qu’ils ne murmurent pas, qu’ils ne critiquent pas les autres, car il est écrit : Les diffamateurs et les critiqueurs sont odieux à Dieu.

 

9 Et qu’ils soient modestes, montrant toute mansuétude à tous les hommes. 10 Qu’ils ne jugent pas, qu’ils ne condamnent pas. 11 Et comme dit le Seigneur, qu’ils ne considèrent pas les plus petits péchés des autres ; 12 bien plus, qu’ils repensent plutôt aux leurs dans l’amertume de leur âme. 13 Et qu’ils s’efforcent d’entrer par la porte étroite, car le Seigneur dit : Etroite est la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et peu nombreux sont ceux qui la trouvent.

 

CHAPITRE XII

[Du regard mauvais et de la fréquentation des femmes]

 

1 Que tous les frères, où qu’ils soient ou qu’ils aillent, se gardent du regard mauvais et de la fréquentation des femmes. 2 Et qu’aucun ne s’entretienne seul avec elles. 3 Que les prêtres parlent honnêtement avec elles en leur donnant la pénitence ou quelque conseil spirituel. 4 Et qu’absolument aucune femme ne soit reçue à l’obéissance par aucun frère, mais une fois que le conseil spirituel lui a été donné, qu’elle fasse pénitence où elle voudra. 5 Et gardons-nous bien tous et tenons tous nos membres purs, car le Seigneur dit : Quiconque verrait une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère avec elle en son cœur.

 

CHAPITRE XIII

[Eviter la fornication]

 

1 Si un des frères, à l’instigation du diable, forniquait, qu’il soit dépouillé de l’habit qu’il a perdu par sa sale iniquité, qu’il le dépose totalement et qu’on l’expulse complètement de notre religion. 2 Et après cela, qu’il fasse pénitence des péchés.

 

CHAPITRE XIV

[Comment les frères doivent aller par le monde]

 

1 Quand les frères vont par le monde, qu’ils ne portent rien en route, ni bourse, ni besace, ni pain, ni argent, ni bâton. 2 Er en quelque maison qu’ils entrent, qu’ils disent d’abord : « Paix à cette maison ». 3 Et demeurant dans la même maison, qu’ils mangent et boivent ce qu’il y a chez eux. 4 Qu’ils ne résistent pas au méchant, mais, si quelqu’un les frappait sur une joue, qu’ils lui présentent aussi l’autre. 5 Et si quelqu’un leur enlève leur vêtement, qu’ils ne défendent pas non plus leur tunique. 6 A quiconque leur demande, qu’ils donnent. Et si quelqu’un leur enlève ce qui est à eux, qu’ils ne réclament pas.

 

CHAPITRE XV

[Que les frères n’aillent pas à cheval]

 

1 J’enjoins à tous mes frères, tant clercs que laïcs, qui vont par le monde ou qui demeurent dans les lieux, de n’avoir aucune bête en aucune manière, ni chez eux, ni chez autrui, ni d’aucune autre manière. 2 Et qu’il ne leur soit pas licite d’aller à cheval s’il n’y sont pas contraints par la maladie ou par une grande nécessité.

 

CHAPITRE XVI

[De ceux qui vont parmi les sarrasins et autres infidèles]

 

1 Le Seigneur dit : Voici que, moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. 2 Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. 3 Dès lors, si quiconque des frères, par inspiration divine, voulait aller parmi les Sarrasins et autres infidèles, qu’ils y aillent avec la licence de leur ministre et serviteur. 4 Que le ministre leur donne la licence et ne s’oppose pas s’il voit qu’ils sont aptes à être envoyés ; car il sera tenu de rendre raison au Seigneur si, en cela ou en d’autres points, il procédait sans discernement. 5 Les frères qui s’en vont peuvent vivre spirituellement parmi eux de deux manières. 6 Une manière est de ne faire ni disputes ni querelles, mais d’être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de confesser qu’ils sont chrétiens. 7 L’autre manière est, lorsqu’ils verraient que cela plaît au Seigneur, d’annoncer la parole de Dieu, pour que [les infidèles] croient en Dieu tout-puissant, Père et Fils et Esprit saint, le Créateur de toutes choses, le Fils rédempteur et sauveur, et pour qu’ils soient baptisés et deviennent chrétiens ; car à moins que quelqu’un ne soit rené de l’eau et de l’Eprit saint, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. 8 Cela et d’autres choses qui plaisent au Seigneur, ils peuvent le dire à eux et à d’autres, car le Seigneur dit dans l’Evangile : Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. 9 Et : Qui aura rougi de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme rougira de lui quand il sera venu dans sa majesté, celle de son Père et celle des saints anges.

 

10 Et que tous les frères, où qu’ils soient, se rappellent qu’ils se sont donnés et qu’ils ont abandonné leurs corps à notre Seigneur Jésus Christ. 11 Et pour son amour ils doivent s’exposer aux ennemis, tant visibles qu’invisibles, car le Seigneur dit : « Qui aura perdu son âme à cause de moi la sauvera pour la vie éternelle. 12 Bienheureux ceux qui souffrent la persécution à cause de la justice, car le Royaume des cieux est à eux. 13 S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. 14 S’ils vous persécutent dans une cité, fuyez dans une autre. 15 Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïront et vous maudiront et vous persécuteront et vous sépareront et vous critiqueront et rejetteront votre nom comme mauvais, et lorsqu’ils diront, en mentant, toute sorte de mal contre vous à cause de moi. 16 Réjouissez-vous en ce jour et exultez, car votre rétribution est abondante dans les cieux. 17 Mais je vous dis, à vous mes amis, ne soyez pas terrifiés par eux, 18 et ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus. 19 Voyez, ne vous troublez pas. 20 Dans votre patience vous posséderez vos âmes. 21 Mais qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauf. »

 

CHAPITRE XVII

[Des prédicateurs]

 

1 Qu’aucun des frères ne prêche contre la forme et l’institution de la sainte Eglise, ni si cela ne lui a pas été concédé par son ministre. 2 Et que le ministre, pour sa part, prenne garde de le concéder à quelqu’un sans discernement. 3 Toutefois, que tous les frères prêchent par leurs actions. 4 Et qu’aucun ministre ou prédicateur ne s’approprie le ministère des frères ou l’office de prédication, mais à quelque heure que cela lui soit enjoint, qu’il se démette de son office, sans aucune objection.

 

5 Dès lors, je supplie, dans la charité qu’est Dieu, tous mes frères, prédicateurs, orants, travailleurs, tant clercs que laïcs, de s’appliquer à s’humilier en tout, 6 à ne pas se glorifier, à ne pas se réjouir en eux-mêmes, à ne pas s’exalter intérieurement des bonnes paroles et actions, et absolument d’aucun bien que Dieu fait ou dit et opère en eux quelquefois et par eux, selon ce que dit le Seigneur : Cependant ne vous réjouissez pas en ceci, que les esprits vous sont soumis. 7 Et sachons fermement que rien ne nous appartient, sinon vices et péchés. 8 Et plutôt devons-nous nous réjouir lorsque nous supportons toutes sortes d’angoisses ou de tribulations de l’âme ou du corps en ce monde à cause de la vie éternelle.

 

9 Nous tous donc, frères, gardons-nous de tout orgueil et vaine gloire. 10 Préservons-nous de la sagesse de ce monde et de la prudence de la chair. 11 L’esprit de la chair, en effet, veut et s’applique beaucoup à détenir des paroles, mais peu à l’action ; 12 et il ne cherche pas la religion intérieure et la sainteté intérieure de l’esprit, mais il veut et désire une religion et une sainteté apparaissant extérieurement aux hommes. 13 Et ce sont ceux-là dont le Seigneur dit : En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur rétribution. 14 Mais l’esprit du Seigneur veut que la chair soit mortifiés et méprisée, vile et abjecte et infamante. 15 Et il s’applique à l’humilité et à la patience, et à la pure simplicité et la vraie paix de l’esprit. 16 Et toujours, par-dessus tout, il désire la crainte divine et la sagesse divine et l’amour divin du Père et du Fils et de l’Esprit saint.

 

17 Et tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu très haut et souverain, et reconnaissons que tous les biens sont à lui et rendons-lui grâces de tout, à lui dont tous les biens procèdent. 18 Et lui, très haut et souverain, seul vrai Dieu, qu’il ait et que lui soient rendus et qu’il reçoive tous les honneurs et révérences, toutes les louanges et bénédictions, toutes les grâces et toute gloire, lui à qui est tout bien, qui seul est bon. 19 Et quand nous voyons ou entendons dire ou faire du mal, ou blasphémer Dieu, nous, disons du bien et faisons du bien et louons le Seigneur qui est béni dans les siècles.

 

CHAPITRE XVIII

[Comment les ministres doivent se réunir]

 

1 Chaque année, chaque ministre peut se réunir avec ses frères, où il leur plaira, en la fête de saint Michel archange, pour traiter des choses qui concernent Dieu. 2 Mais que tous les ministres qui sont dans les régions d’outre-mer et d’outre-monts viennent au chapitre à la Pentecôte une fois tous les trois ans, et les autres ministres une fois par an, auprès de l’église Sainte-Marie-de-la-Portioncule, s’il n’en a pas été ordonné autrement par le ministre et serviteur de toute la fraternité.

 

CHAPITRE XIX

[Que les frères vivent en catholiques]

 

1 Que tous les frères soient catholiques, vivent et parlent en catholiques. 2 Mais si quelqu’un s’écartait de la foi et de la vie catholiques en parole ou en action et s’il ne s’amendait pas, qu’on l’expulse complètement de notre fraternité. 3 Et tous les clercs et tous les religieux, tenons-les pour seigneurs en ce qui regarde le salut de l’âme et ne nous fait pas dévier de notre religion ; et vénérons dans le Seigneur leur ordre, leur office et leur ministère.

 

CHAPITRE XX

[De la pénitence et de la réception du corps et du sang de notre Seigneur Jésus Christ]

1 Que mes frères bénis, tant clercs que laïcs, confessent leurs péchés aux prêtres de notre religion. 2 Et s’ils ne le peuvent, qu’ils les confessent à d’autres prêtres doués de discernement et catholiques, en sachant fermement et en considérant que, de quelque prêtre catholique qu’ils reçoivent la pénitence et l’absolution, ils seront sans aucun doute absous de leurs péchés s’ils ont soin d’observer humblement et fidèlement la pénitence qui leur a été enjointe. 3 Mais s’ils ne peuvent alors trouver de prêtre, qu’ils se confessent à leur frère, comme dit l’apôtre Jacques : Confessez-vous l’un à l’autre vos péchés. 4 Qu’ils n’omettent toutefois pas à cause de cela de recourir aux prêtres, car le pouvoir de lier et de délier a été concédé aux seuls prêtres. 5 Et qu’ainsi contrits et confessés, ils reçoivent le corps et le sang de notre Seigneur Jésus Christ avec grande humilité et vénération, se rappelant ce que dit le Seigneur : Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. 6 Et : Faites ceci en mémoire de moi.

 

CHAPITRE XXI

[De la louange et de l’exhortation que peuvent faire tous les frères]

 

1 Et tous mes frères peuvent, chaque fois qu’il leur plaira, annoncer cette exhortation et cette louange, ou une semblable, parmi tous les hommes avec la bénédiction de Dieu :

 

2 Craignez et honorez,

louez et bénissez,

rendez grâces et adorez

le Seigneur Dieu tout-puissant,

dans la Trinité et l’Unité,

Père et Fils et Esprit saint,

Créateur de toutes choses.

 

3 Faites pénitence,

faites de dignes fruits de pénitence,

car sachez que bientôt nous mourrons.

 

4 Donnez et il vous sera donné.

 

5 Remettez et il vous sera remis.

 

6 Et si vous n’avez pas remis,

le Seigneur ne vous remettra pas vos péchés ;

confessez tous vos péchés.

 

7 Bienheureux ceux qui meurent dans la pénitence,

car ils seront dans le Royaume des cieux.

 

8 Malheur à ceux qui ne meurent pas dans la pénitence,

car ils seront fils du diable

dont ils font les œuvres,

et ils iront dans le feu éternel.

 

9 Prenez garde et abstenez-vous de tout mal,

et persévérez jusqu’à la fin dans le bien.

 

CHAPITRE XXII

[De l’admonition aux frères]

 

1 Considérons, tous les frères, ce que dit le Seigneur : Aimez vos ennemis et faites du bien à ceux qui vous haïssent. 2 De fait, notre Seigneur Jésus Christ, dont nous devons suivre les traces à aussi appelé ami celui qui le trahissait et s’est offert spontanément à ceux qui le crucifiaient. 3 Ils sont donc nos amis, tous ceux qui nous infligent injustement des tribulations et des angoisses, des hontes et des injures, des douleurs et des tourments, le martyre et la mort. 4 Nous devons les aimer beaucoup, car, par ce qu’ils nous infligent, nous avons la vie éternelle.

 

5 Et ayons en haine notre corps avec ses vices et ses péchés, car, en vivant charnellement, ils veut nous enlever l’amour de notre Seigneur Jésus Christ et la vie éternelle, et se perdre lui-même en enfer avec tous. 6 Car nous, par nos fautes, nous sommes fétides, misérables et contraires au bien, mais, pour les maux prompts, et volontaires ; car comme le Seigneur dit dans l’Evangile : 7 « Du cœur des hommes procèdent et sortent mauvaises pensées, adultères, fornications, homicides, vols, avarice, dérèglement, fraude, impudicité, œil mauvais, faux témoignages, blasphèmes, orgueil, sottise. 8 Tous ces maux procèdent du dedans, du cœur de l’homme, et ce sont eux qui souillent l’homme. »

 

9 Mais maintenant, après que nous nous avons quitté le monde, nous n’avons rien d’autre à faire si ce n’est d’être soucieux de suivre la volonté du Seigneur et de lui plaire. 10 Prenons bien garde de ne pas être la terre au bord du chemin ou la terre pierreuse ou épineuse, selon ce que dit le Seigneur dans l’Evangile : 11 « La semence est la parole de Dieu. 12 Ce qui est tombé au bord du chemin et a été foulé aux pieds, ce sont ceux qui entendent la parole du Royaume et ne comprennent pas. 13 Et aussitôt vient le diable, il s’empare de ce a qui a été semé dans leurs cœurs et il enlève la parole de leurs cœurs, de peur que, croyant, ils ne soient sauvés. 14 Mais ce qui est tombé sur la terre pierreuse, ce sont ceux qui lorsqu’ils ont entendu la parole, la reçoivent aussitôt avec joie. 15 Mais que viennent la tribulation et la persécution à cause dela parole, ils sont immédiatement scandalisés ; et ceux-là n’ont pas de racine en eux, mais sont les hommes d’un moment, car ils croient pour un temps et au temps des la tentation ils reculent. 16 Mais ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu ; et la préoccupation et les épreuves de ce siècle et la tromperie des richesses et la convoitise de tout le reste, entrant en eux, étouffent la parole et elle devient sans fruit. 17 Mais ce qui a été semé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, entendent la parole d’un cœur bon et excellent, la comprennent et la retiennent et portent du fruit dans la patience. » 18 Et c’est pourquoi nous, frères, comme dit le Seigneur, laissons les morts ensevelir les morts.

 

19 Et gardons-nous bien de la malice et de la subtilité de Satan qui veut que l’homme ne tienne pas son esprit et son cœur tournés vers le Seigneur Dieu. 20 En rôdant, il désire, sous prétexte de quelque rétribution ou de quelque aide, s’emparer du cœur de l’homme et étouffer dans sa mémoire la parole et les préceptes du Seigneur. 21 Voulant aussi aveugler le cœur de l’homme par les affaires et le souci du siècle, et y habiter, comme dit le Seigneur : « Lorsqu’un esprit impur est sorti d’un homme, il parcourt des lieux arides et sans eau, cherchant le repos. 22 Et n’en trouvant pas il dit : « Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. » 23 En arrivant, il la trouve vide, balayée et ornée. 24 Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus méchants que lui et, y étant entrés, ils habitent là. Et le tout nouvel état de cet homme devient pire que le premier. »

 

25 Dès lors, tous les frères, gardons-nous bien de peur que, sous prétexte de quelque rétribution, de quelque œuvre ou de quelque aide, nous ne perdions notre esprit et notre cœur ou que nous ne les détournions du Seigneur. 26 Mais dans la sainte charité qu’est Dieu, je prie tous les frères, tant les ministres que les autres, une fois tout empêchement écarté et tout souci et toute préoccupation laissés de côté, de la meilleure manière possible, de faire servir, aimer, adorer et honorer le Seigneur Dieu d’un cœur pur et d’un esprit pur, ce que lui-même demande par-dessus.

 

27 Et faisons-lui toujours une habitation et une demeure, pour lui qui est le Seigneur Dieu tout-puissant, Père et Fils et Esprit saint, qui dit : « Veillez donc en tout temps, priant pour être trouvés digne de fuir les maux qui vont venir et de vous tenir debout devant le Fils de l’Homme. 28 Et quand vous serez debout pour prier, dites : « Notre Père qui es aux cieux. » 29 Et adorons-le d’un cœur pur, car il faut toujours prier et ne pas défaillir. 30 En effet, le Père cherche de tels adorateurs. 31 Dieu est esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité.

 

32 Et recourons à lui comme au pasteur et à l’évêque de nos âmes, lui qui dit : « Moi je suis le bon pasteur, je pais mes brebis et pose mon âme pour mes brebis. 33 Vous êtes tous frères. 34 Et refusez d’appeler [quiconque] père pour vous sur terre, car unique est votre Père, qui est aux cieux. 35 Et ne vous faites pas appeler maîtres, car unique est votre maître, qui est au cieux, le Christ. 36 Si vous demeurez en moi et si mes paroles demeurent en vous, tout ce que vous coudrez, vous le demanderez et cela vous arrivera. 37 Partout où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. 38 Me voici, je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle. 39 Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. 40 Moi je suis la voie, la vérité et la vie. »

 

41 Retenons donc les paroles, la vie et l’enseignement et le saint Evangile de celui qui a daigné prier pour nous son Père et nous manifester son nom en disant : 42 « Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés, car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données ; et eux ils les ont acceptées et ils ont connu vraiment que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. 43 Moi, je prie pour eux, non pour le monde, 44 mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi et tout ce qui est à moi est à toi. 45 Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, pour qu’ils soient un comme nous aussi. 46 Je dis cela dans le monde, pour qu’ils aient la pleine joie en eux-mêmes. 47 Moi, je leur ai donné ta parole et le monde les a pris en haine, car ils ne sont pas du monde, comme moi aussi je ne suis pas du monde. 48 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du mal. 49 Rends-les merveilleux dans la vérité. 50 Ta parole est vérité. 51 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. 52 Et pour eux, moi je me sanctifie moi-même, pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité. 53 Je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux qui vont croire en moi à cause de leur parole, pour que tous soient rassemblés en un et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aussi aimé. 54 Et je leur ferai connaître ton nom, pour que l’affection dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. 55 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ceux-là aussi soient avec moi, pour qu’ils voient ta clarté dans ton Royaume.

 

CHAPITRE XXIII

[Prière et action de grâces]

 

1 Tout-puissant, très saint, très haut et souverain Dieu, Père saint et juste, Seigneur roi du ciel et de la terre, nous te rendons grâces pour toi-même, car, par ta sainte volonté et par ton Fils unique avec l’Esprit saint, tu as crée toutes choses spirituelles et corporelles ; et nous, faits à ton image et à ta ressemblance, tu nous as placés dans le paradis. 2 Et nous, par notre faute nous sommes tombés. 3 Et nous te rendons grâces car, de même que tu as crées par ton Fils, de même par ta vraie et sainte affection dont tu nous as aimés, tu l’as fait naître, vrai Dieu et vrai homme, de la glorieuse, toujours vierge, très bienheureuse sainte Marie ; et par sa croix et son sang et sa mort, tu as voulu nous racheter, nous les captifs. 4 Et nous te rendons grâces, car ton Fils lui-même viendra à nouveau dans la gloire de sa majesté envoyer au feu éternel les maudits, qui n’ont pas fait pénitence et ne t’ont pas reconnu, et dire à tous ceux qui t’ont reconnu, adoré et servi dans la pénitence : Venez les bénis de mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé depuis l’origine du monde. 5 Et parce que nous tous, misérables et pécheurs, nous ne sommes pas dignes de te nommer, nous prions en suppliant que notre Seigneur Jésus Christ, ton Fils bien-aimé, en qui tu t’es bien complu, te rende grâces pour tout, ensemble avec l’Esprit saint Paraclet, comme il te plaît et comme il lui plaît, lui qui te suffit toujours en tout et par qui tu as tant fait pour nous. Alléluia.

 

6 Et la glorieuse mère, la bienheureuse Marie toujours vierge, les bienheureux Michel, Gabriel et Raphaël, et tous les chœurs des esprits bienheureux – séraphins, chérubins, trônes, dominations, principautés, puissances, vertus, anges, archanges -, le bienheureux Jean Baptiste, Jean l’Evangéliste, Pierre, Paul et les bienheureux patriarches, prophètes, Innocents, apôtres, évangélistes, disciples, martyrs, confesseurs, vierges, les bienheureux Elie et Enoch, et tous les saints qui furent et qui seront et qui sont, nous les supplions humblement pour ton amour de te rendre grâces pour cela, comme il te plaît, à toi, souverain, vrai Dieu, éternel et vivant, avec ton Fils très cher, notre Seigneur Jésus Christ, et l’Esprit saint Paraclet, dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.

 

7 Et tous ceux qui, dans la sainte Eglise

catholique et apostolique,

veulent servir le Seigneur Dieu

et tous les ordres ecclésiastiques

- prêtres, diacres, sous-diacres,

acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers –

et tous les clercs,

tous les religieux et toutes les religieuses,

tous les enfants et tous-petits,

les pauvres et les indigents,

les rois et les princes,

les travailleurs et les agriculteurs,

les serviteurs et les seigneurs,

toutes les vierges et celles qui gardent la continence et celles qui sont mariées,

les laïcs, hommes et femmes,

tous les petits enfants, les adolescents,

les jeunes et les vieux,

les bien portants et les malades,

tous les petits et les grands,

et tous les peuples, les ethnies,

les tribus et les langues,

toutes les nations et tous les hommes,

partout sur la terre, qui sont et seront,

humblement nous les prions et supplions,

nous tous, frères mineurs,

serviteurs inutiles,

afin que tous nous persévérions dans la vraie foi et dans la pénitence,

car, autrement, nul ne peut être sauvé.

 

8 Aimons tous, de tout notre cœur,

de toute notre âme, de tout notre esprit,

de toute notre vertu et toute notre force,

de toute notre intelligence, de toutes nos énergies,

de tout notre effort, de toute notre affection, de toutes nos entrailles,

de tous nos désirs et volontés, 

le Seigneur Dieu,

qui nous a donné et qui nous donne à tous

tout notre corps, toute notre âme et toute notre vie,

qui nous a crées, rachetés

et qui nous sauvera par sa seule miséricorde,

qui, à nous misérables et miséreux, putrides et fétides,

ingrats et mauvais,

nous a fait et nous fait tant de bien.

 

9 Ne désirons donc rien d’autre,

ne veuillons rien d’autre,

que rien d’autre ne nous plaise et ne nous délecte

que notre Créateur et Rédempteur et Sauveur,

le seul vrai Dieu,

qui est plein bien, tout bien, tout le bien,

le vrai et souverain bien,

qui seul est bon, pieux, aimable, suave et doux,

qui seul est saint, juste, vrai et droit,

qui seul est bienveillant, innocent, pur,

de qui et par qui et en qui

est tout pardon, toute grâce, toute gloire

de tous les pénitents de tous les justes,

de tous les bienheureux qui se réjouissent ensemble dans les cieux.

 

10 Ainsi donc, que rien ne nous arrête,

que rien ne nous sépare,

que rien ne s’interpose

11 à ce qu’en tout lieu,

à toute heure et en tout temps,

chaque jour et continuellement

et gardons dans notre cœur

et aimons, honorons, adorons, servons,

louons et bénissons,

glorifions et exaltons au-dessus de tout,

magnifions et rendons grâces

au très haut et souverain Dieu éternel,

Trinité et Unité,

Père et Fils et Esprit saint,

Créateur de toutes choses,

Sauveur de tous ceux qui croient et espèrent en lui et qui l’aiment,

Lui qui est sans commencement et sans fin,

Immuable, invisible, inerrable, ineffable,

Incompréhensible, insondable,

Béni, louable glorieux, exalté au-dessus de tout,

Sublime, élevé, suave, aimable, délectable,

Et tout entier par-dessus tout désirable

Dans les siècles des siècles. Amen.

 

CHAPITRE XXIV

[Conclusion]

 

1 Au nom du Seigneur ! Je prie tous les frères d’apprendre la teneur et le sens de ce qui est écrit dans cette vie pour le salut de notre âme et de se le remettre fréquemment en mémoire. 2 Et je prie Dieu, lui qui est tout-puissant, trine et un, de bénir tous ceux qui enseignent, apprennent, gardent, rappellent et mettent en œuvre ces mots, chaque fois qu’ils répètent et qu’ils font ce qui est écrit là pour le salut de note âme ; 3 et en leur baisant les pieds, je les prie tous de beaucoup les aimer, de les garder et de les conserver. 4 Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape et par obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j’enjoins que personne ne retranche rien de ce qui est écrit dans cette vie ou que personne n’y ajoute aucun écrit et que les frères n’aient pas d’autre règle.

 

5 Gloire au Père et au Fils et à l’Esprit saint, comme il était au commencement et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

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